• Vincent

NOTRE-DAME

Amis lecteurs et amies lectrices de la Touche G, bonjour !


Cela faisait un long moment que je n’avais plus rien publié ici. Une raison toute simple à cela : depuis le mois de septembre dernier, j’ai radicalement changé d’orientation professionnelle. Je suis maintenant entièrement dédié à la création d’une série de romans et d’histoires à énigmes. Le personnage principal s’appellera Lucien Rivière, et je reparlerai sans doute de tout cela ici plus tard, quand le projet sera abouti. Pour l’heure, de sombres contraintes financières m’obligent à respecter un délai. Cela me prend tout mon temps, et accapare l’intégralité de mes maigres capacités de travail.


Mais hier, l’église de Notre-Dame a pris feu. Les flammes ont dévasté 800 ans d’Histoire, 800 ans de patrimoine, 800 ans de mon pays. Et me voilà tout à coup obligé de marquer une pause dans mes petits projets sans importance. Quelque chose en moi est atteint. Quelque chose s’est effondré en même temps que s’effondraient la flèche et le toit de la cathédrale. Comme de nombreux Français, comme de nombreuses personnes à travers le monde, un sentiment de tristesse infinie s’est emparé de moi. Nous avons craint le pire, impuissants, devant nos écrans de télévision ; avant d’apprendre en fin de soirée que la structure principale était préservée. Les pompiers ont été héroïques. Notre-Dame a résisté. Notre-Dame vivra encore.


Malgré le soulagement, il reste ce matin la même tristesse, le même abattement que la veille. Et je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi. Je ne suis pas croyant. Je ne suis pas non plus un spécialiste de l’art, de l’architecture, ou de l’Histoire de France. Alors pourquoi ? Pourquoi un tel déchirement ? Et pourquoi cette impression que la tristesse ne me quittera pas tant que je n’aurai pas su apporter de réponse à cette question ?


Alors j’ai réfléchi. Écouté, plutôt. Écouté cette douleur qui montait de je ne sais où. Des mots sont venus. Tout simples. Je les ai notés, presque sans les toucher, tâchant simplement de les mettre un peu en ordre. Cela a donné un texte très court.


Notre passé

Notre fierté

Notre génie

Notre visage


Notre commun

Notre là-haut

Notre jardin

Notre toujours


Notre roman

Notre Histoire

Notre chagrin

Notre-Dame


Notre


Notre.


Jamais la puissance de ce mot ne m’avait tant frappé. Et je crois avoir enfin compris.


En tant que Français, c’est elle, Notre-Dame, la gardienne de notre passé ; elle, le témoin de nos siècles ; elle, notre ambassadrice ; elle, la démonstration de ce que nous savons faire de plus beau, de plus grandiose, de plus fédérateur ; elle est notre décor, notre pouvoir d’imagination, notre force de rêver, notre kilomètre zéro, la merveille bienveillante qui nous accompagne, depuis toujours, elle est le souvenir et l’espoir de ce que nous pouvons accomplir ensemble. Ça n’a rien à voir avec le fait de croire ou non. Ça n’a rien à voir avec le fait d’être ou de ne pas être parisien. Elle est notre socle commun. Elle est nous. Qu’elle vacille, et c’est nous tous qui chancelons. Penser que nous puissions la perdre, et nous nous perdons nous-mêmes.


C’est du moins ce que j’ai ressenti, et qui explique, je crois, la tristesse qui depuis hier ne me laissait pas de répit. À voir les visages hagards de toutes ces foules agglutinées au chevet de Notre-Dame, à voir les souscriptions, les contributions, qui, déjà, se mettent en ordre de bataille, il me semble ne pas être un cas isolé. Alors voilà que revient l’espoir. Le cœur de la nation bat toujours. La collectivité existe encore. Nous rebâtirons. Pas à l’identique, sans doute. À notre façon, avec nos technologies, nos convictions, notre griffe, et nos pansements sur ses cicatrices. Mais nous rebâtirons.


Parce qu’elle est Notre-Dame.

Parce qu’elle est notre Histoire.

Et parce qu’ensemble, nous continuerons d’être la sienne.



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