• Vincent

L'affaire Adrien Rabiot



Vous n’avez pas pu y couper : il y a quelques jours, après que le sélectionneur Didier Deschamps avait dévoilé la liste des 23 joueurs retenus pour le Mondial 2018 en Russie, le milieu de terrain Adrien Rabiot a choqué la nation entière en annonçant qu’il refusait le rôle de réserviste qui lui avait été octroyé, et qu’il préférait quitter le navire.


À mon avis, Rabiot commet une erreur, car son choix risque de lui fermer pour longtemps les portes de la sélection nationale, sans parler des conséquences qui pourraient suivre concernant sa carrière en club(s). Pour le reste, l’équipe de France fera donc sans lui - ce qui finalement ne va rien changer puisqu’il ne jouait pour ainsi dire jamais en Bleu, et que Deschamps avait de toute façon prévu de ne pas l’emmener en Russie.


Événement insignifiant, donc, qui pourtant a suscité un déchaînement de fureur assez inattendu. En deux jours, Adrien Rabiot est devenu l’ennemi public numéro 1, la honte de la patrie, l’homme à abattre. Journaux, talk shows, réseaux sociaux, machine à café: tout le monde y est allé de son petit couplet pour nous expliquer à quel point le gars était le visage d’une France pas jolie-jolie, la France de l’individualisme, de l’égocentrisme, et aussi du tout-fric, du manque de respect envers l’autorité, de la chicha, de la bêtise… J’ai même été réveillé un matin par un chroniqueur de France Inter d’ordinaire dévolu aux sujets scientifiques, qui ce matin-là avait choisi d’utiliser ses trois minutes d’antenne quotidiennes pour nous faire la démonstration que Rabiot était un petit con.


Alors ma conclusion à moi, c’est en effet que cette affaire - le simple fait que ce soit devenu une affaire ! - apporte un certain éclairage sur une France pas jolie-jolie. Mais ce serait plutôt la France de la vindicte populaire, la France des exécutions publiques, le bon peuple s’épanouissant dans la haine. Peut-être est-ce par ennui? Peut-être est-ce par jalousie? Ou simplement par médiocrité - puisqu’en définitive, très peu d’entre sommes susceptibles de nous retrouver un jour confrontés à un choix équivalent à celui devant lequel s’est retrouvé Adrien Rabiot. Toujours est-il qu’il y a cette France-là, que je n’aime pas trop, dont les yeux ne brillent jamais de tant d’excitation que lorsqu’il s’agit de cracher sur le chariot du condamné, et qui durant ces quelques jours a montré qu’elle était toujours bien présente. Ils ont adoré détester l’ex-réserviste Rabiot. Soyez sûrs qu’ils adoreront tout autant détester les titulaires et les remplaçants, si d’aventure le mondial des Bleus ne correspondait pas à leurs exigences. Parce qu’on le sait bien, depuis que Georges nous l’a moustachisé avec sa guitare: les braves gens n’aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux…


Oh non, les braves gens n’aiment pas ça du tout…




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